Voyages et Découvertes

Kisangani, la guerre de 6 jours (Dernière partie)

Dans cette partie, Alesh relate les deux derniers jours de la guerre. ce sera donc plus long, mais ça vaut la peine de lire jusqu’au bout….

Kisangani, 9 et 10 juin 2000.

5ème Jour:
La suicide squad de l’avenue (tous les hommes désignés à aller chercher de l’eau) se réunit peu à peu pour le 2ème tour d’aventure. Cette fois-là, quelques femmes courageuses se joignirent au groupe… j’ai encore en tête l’images des grandes sœurs de la Famille Odia. Il est environ 8h30 quand la marche vers la 4ème avenue commença (lieu où se trouvait la source). Le quartier était cette soir-là d’une pestilence horrible! Une mauvaise odeur provenant des centaines des cadavres qui commençaient à pourrir dans le quartier… mais faut-il préciser, ces cadavres étaient tous curieusement ceux des militaires ougandais. Mais pourquoi pas des Rwandais? Parce qu’en effet, les Rwandais ne laissent jamais les cadavres de leurs compatriotes laisser d’indices en ligne de front. Ils faont toujours tout, quitte à y laisser leurs vies, pour récupérer leurs cadavres durant la guerre. 30 minutes après notre départ, après plusieurs stops en se couchant au sol à chaque fois que les coups de feux s’intensifiaient, nous arrivâmes à la source. Et comme vous pouvez l’imaginer, tout le monde voulait puiser de l’eau en premier et des querelles de familles éclatèrent à nouveau. Cette fois-là, quelques sages présents ont dû intervenir pour calmer les plus chauds. Pendant ce temps, 1 militaire Rwandais était sur un arbre en face de la source… il nous observait. Et pour s’amuser, quand toutes les familles finirent de puiser de l’eau, le gars commença à tirer, mais alors à tirer! Non mon dieu, des rafales de plus d’une heure avec 2 différents types de fusils d’assaut! De fois il stoppait… attendait que nous tentions de venir récupérer nos récipients pour reprendre ses rafales. Il tirait même des fois dans l’étang, près de la source… puis se tordait de rire quand nous abandonnions tout pour tous nous réfugier dans la maison du Vieux Deschauds (plus d’une trentaine de personnes). Après plusieurs heures, il arrêta son jeu et nous permit de rentrer chez nous. Nous arrivâmes à la maison aux alentours de 13 heures où les membres de notre famille s’inquiétaient grave en pensant que le pire aurait pu arriver. Une heure après, ma sœur Rachel nous fit des petits bols de riz… en milieu d’après-midi, la situation empira… l’armée Rwandaise avait décidé de faire du forcing et repousser les Ougandais. Il y eût beaucoup de morts cet après midi là.
L’armée Rwandaise avait reçu des renforts (apparemment 2 types de militaires). Il y avait un groupe de militaires qui se battaient nus avec des foulards rouges attachés à la tête et poussant des cris bizarres à la Xena la guerrière, et un autre, apparemment des jeunes qui avaient à peu près mon âge et qu’on devait fouetter pour qu’ils avancent vers le casse-pipes du front… ils avançaient en pleurant comme des bébés. C’est la première fois que nous découvrîmes que les militaires Rwandais avaient aussi peur de mourir au front… le stéréotype que l’on avait d’eux, c’était qu’ils étaient des vrais suicidaires au mental Kamikaze. C’était absolument faux! Ils étaient faibles comme nous tous!
Par la fenêtre de la chambre où s’était caché papa, nous entendions un de leurs «afande» c’est à dire «Officier» leur dire: «alakini nyiye kabisa, mi na sema mu songe mbele na mimi tu gonge aduyi, nyiye muna ji fitsha nyuma yangu. Sasa mu ni ambiye, muko ba escortiiiiiii ao?»… je traduis à peu près: «Franchement Vous autres! Je vous demande d’avancer avec moi pour qu’on tue l’ennemi, vous vous planquez derrière moi… maintenant dites-moi, Vous êtes des gardes ou autre chose?». Ils finirent par avancer vers les positions Ougandaises, et 15 minutes après, à travers les rideaux, on aperçu ses militaires rentrer en courant et en criant, avec un corps saignant abondamment… l’afande s’était pris une balle dans la tête… on alla entreposer son corps chez un voisin qu’on appelait affectueusement Bradock.
Il y eût beaucoup de morts cet après midi là et la guerre était très violente ce jour là. Il est très important de vous dire que durant toute la guerre, sur 24h, je crois qu’on priait 20h par jour.

6ème et Dernier jour de guerre:

Nous n’avons pas dormi de la nuit! Les chars de combats ougandais on tiré comme pas possible! Nous avons eu droit à un feu d’artifice dangereux toute la nuit, éclairés par les coups d’obus jusqu’à 6 heures du matin. Nous prions pour qu’il pleuve afin qu’ils s’arrêtent un peu mais, rien! Et pour la première fois de ma vie, je n’avais entendu aucun cri d’oiseau depuis 6 jours. Les combats avançaient un peu plus vers la 7ème avenue (bastion ougandais)… on pouvait maintenant passer 30 minutes sans coup de feu dans notre parcelle… On suivait de plus près les informations avec le petit poste radio de papa mais, ni les déclarations de l’ONU, ni les condamnations de la communauté internationale, ni les dénonciations des autorités politiques ne pouvaient nous sortir de cet «enfer-sur-terre». L’odeur des cadavres s’intensifiait, nous avions tous maigri et nous sentions tous mauvais.
Vers 15 heures, le combat s’éloigna de plus en plus de la maison et avançait plus vers le pont Tshopo. Nous pouvions pour la 1ère fois observer la situation de notre véranda. Vers 17h30, le calme était devenu presque total et nous commencions à voir des militaires Rwandais revenir dans notre avenue en chantant et en sifflant… puis l’un d’eux s’approcha de notre maison (visiblement un haut gradé). Il s’adressa à mon père en disant: «Mzee, mulikuwa tu umu mu iyi nyumba izi siku sita?», papa répondit «Ndiyo», et lui… «Akini, mungu iko mkubwa, muli kuwa fasi mubaya sana mzee»… je traduis…«Aîné, étiez-vous dans cette maison durant ces 6 derniers jours?», Papa… «Oui», lui… «en tout cas, Dieu est grand, vous étiez dans un très mauvais emplacement». Et papa lui demanda… «Vita ime isha?», lui «Ndiyo mzee tume wa gonga, weko mbali sasa»… traduction: «La guerre est-elle finie?», «Oui aîné, nous les avons frappés, ils sont bien loin à présent»… Quand il partit, papa rentra dans la maison et un autre apparut: «Mzee iko wapi?» nous, «Haiko», lui «Ok, aki fika mumu ambiye niko tu, siku kufa! Miye njo nili mu omba moto!» traduction… «Le vieux est là?», «Non, il n’est pas là»… «Ok, s’il arrive, dites lui que j’existe encore, je ne suis pas mort… c’est moi qui lui avais demandé du feu».

Ainsi, à peu près s’acheva la guerre de six jours… l’étape suivante débuta le septième jour… l’étape où nous commencions à palper du doigt et à réaliser l’ampleur des dégâts. Mais je n’en parlerai pas ici…”

 

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